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Il n'y a pas d'amours légères
T’en souvient-il mon étrangère Au début de notre parcours On vivait d'amours montgolfières Du vent brûlant dans du velours
Puis l'ange s'accroche aux gouttières Et vient racler le haut des tours On se déleste mais la terre En bas tire elle attend son tour
J'ai su quand le poids de la chair M'enfonça dans un terrain lourd Qu'il n'y a pas d'amours légères Ou alors il n'y a pas d'amour
Vous qu'on berce des nuits entières Les membres las le sommeil court Qu'on hisse vigies familières Sur l'océan de nos labours
Ai-je assez pesé sur ma mère Pendant deux cent cinquante jours Et gravi le dos de mon père Croyant m'y percher pour toujours
Enfants petits briseurs de verre Serre fragile et fruits si lourds Il n'y a pas d'amours légères Ou alors il n'y a pas d'amour
Et vous qu'on a portés en terre Dont ne rien subsiste au grand jour Rien que nos pleurs sur vos chimères Reposez puisqu'on vous entoure
Réglez nos années nos horaires Aimés d’hier soleils autour De quoi sans pouvoir s'en abstraire On gravite comme à rebours
Trous noirs dévoreurs de prières Vivants nous n’étiez pas plus lourds Il n'y a pas d'amours légères Ou alors il n'y a pas d'amour
Tu ne pouvais comme Saint Pierre Te renier avant le jour Toi dont les épaules portèrent Dit-on le plus terrible amour
Du plomb coule dans tes artères De ton flanc ce métal qui sourd Coule déjà la statuaire Du fils d’un dieu devenu sourd
Eli Eli pourquoi mon père Ce mystère infiniment lourd Il n’y a pas d’amours légères Ou alors il n’y a pas d’amour
Il n’y a pas d’amours légères Ou alors il n’y a pas d’amour Mais l’amour qu’on n’a pas su faire Qui sait s’il n’est pas le plus lourd
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Pont au Change
Un grand vent s’est levé dans mon dos comme un lâche Le linge qui séchait a rompu les attaches Tout change Et ma mère a crié son trousseau qu’on lui rende Qui vole aux arbres morts qui leur fait des guirlandes
Dans un songe de vieill’ Grand-mère à nouveau fille Nous dit qu’elle a repris quelques travaux d’aiguille Tout change Mais son fil est perdu sa mémoire est liquide La brodeuse ne fait que des points dans le vide
Et le vent répond : Si tout s’en va si tout change Il faut passer le pont Le Pont au Change Il faut partir Partir Vite Passer le pont
Au monument aux morts je suis un Indien en guerre Revenu pour danser sur les sentiers de naguère Tout change Quelqu’un portait mon nom qui mourut pour la France Suis-je moins mort que lui sans peur mais sans espérance ?
Allez la messe est dite et la tribu s’égaille Au parvis il n’est plus aucun frère qui vaille Tout change Au nom des sangs qu’on mélange est-ce moi le dernier A tenir le serment de l’orme et du marronnier ?
Et le vent répond : Si tout s’en va si tout change Il faut passer le pont Le Pont au Change Il faut partir Partir Vite Passer le pont
C’est un Paris disparu qui rôde à ma lucarne Les taxis sont partis s’embourber dans la Marne Tout change Au métro Saint-Martin perdu dans l’armée des âmes Grand-Père attend en vain que s’arrête une rame
En hiver j’incendie une ou deux tours de Nesle Et dans mon île il fait bon comme en un ventre éternel Tout change Et j’aime et je connais chaque point du désastre Chaque ruine est un abri chaque cendre est un astre
Et le vent répond : Si tout s’en va si tout change Il faut passer le pont Le Pont au Change Il faut partir Partir Vite Passer le pont
Je m’étais allongé pour relever les nuages J’aurais voulu laisser leur carte en héritage Tout change Des enfants sont venus je leur ai dit j’arrive Sont-ils las de m’attendre qu’ils aient changé de rive ?
Un grand vent s’est levé a balayé mon royaume - Et les ponts ont brûlé
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Chanter juste
On voulait chanter juste Avant même chanter N’avoir jamais tâté D’aucun vin frelaté Aux tonneaux des flibustes
Ni payé l’impayable Chanté contre son cœur Au banquet des vainqueurs D’un seul verre à liqueur Trinqué avec le diable
Mais bâti un refuge Pour des chansons inouïes Qu’après en avoir joui Dieu en eût épanoui L’arc-en-ciel du déluge
Noé on a démérité On s’est trop poussé du buste Qu’espérait-on au juste On voulait chanter juste On peut juste chanter
On voulait chanter juste Enfin mettre en chantier Le meilleur du métier Le dessus du psautier Une antienne robuste
Puis revenant des forges Ayant tout façonné Faire à vous étonner Rugir et ronronner Le tigre dans la gorge
Que si la harpe flotte La voix reste impavide En l’honneur de David Jusqu’au verset du vide Chanter droit dans sa glotte
David le chef d’œuvre est raté La phrase est beaucoup trop fruste Qu’espérait-on au juste On voulait chanter juste On peut juste chanter
On voulait chanter juste Prophète et fraternel Et mettre en villanelle La voix de l’Eternel Ardente en ses arbustes
Grattant les plaies d’Egypte Au hasard d’un accord Ne pas vous dire encore Ceci est votre corps Et voilà votre crypte
Mais ouvrir une brèche En donnant de la voix Pour le peuple en convoi Vers la terre où la foi Fait l’offrande et l’eau fraîche
Moïse on aura tant douté Qu’on n’aura rien fait d’auguste Qu’espérait-on au juste On voulait chanter juste On peut juste chanter
On voulait être juste On aura juste été
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Un jour pas comme un autre
Debout les mal chaussés forçats de la mélasse Passeurs de mistigri à la va comm’ j’te passe Voici le jour enfin voici la volte-face
Dans la ronde des jours l’étoile enfin célèbre L’acrobate envolé du petit bal funèbre Qui bondit vers l’espace inventer des algèbres
Jardinier de bon Dieu ouvre ton boulingrin Vous les maçons chantez on ressort les crincrins On scelle à tout jamais la fontaine à chagrin Ce jour éclos comme un œuf du Matin sitôt qu’il est pondu Ce jour pas comme un autre Ce jour éclos comme un œuf du Matin sitôt qu’il est pondu Voici le phénix attendu On me parle en patois c’est là c’est dans les roues Tes jumelle(s) Ezéchiel voyez-vous Soubirous Le Christ et Barrabas à la levée d’écrou Siegfried à la manœuvre et Wagner pour les cuivres Qui a crié banzai en piquant sur la vouivre Saint George(s) à la rescousse et si l’on allait vivre
Ce soir on convertit l’enfer et le Grand Bouc Les écrans sur le ciel passent et repassent en boucle La scène où le dragon nous remet l’escarboucle
Ce jour où dans un tête-à-cul Le destin met son point d’hercule Ce jour pas comme un autre Ce jour où dans un tête-à-cul Le destin met son point d’hercule Au J du jour J majuscule Je sors en titubant de la tour qui-qu’en-grogne Voici la mer à boire et quand l’Histoire y cogne Il faut tenir sa langue ou ses serments d’ivrogne
Dernière libation et dernier holocauste C’est sur mon addition voilà je porte un toast Vive les savants fous vive le docteur Faust
Et vous soutenez-moi je lève un dernier verre C’est fini je balance un dernier billet vert J’efface vos ardoise(s) au bar de l’univers Ce jour atout cœur à tout crin Jour vraiment pas comme un autre un Beau jour pas comme un autre Ce jour atout cœur à tout crin Jour vraiment pas comme un autre un Jour qui aurait pris l’autre train Voici qu’on a sonné l’entracte des apôtres Passeurs de mistigri venez poser le vôtre Voici le jour enfin le jour pas comme un autre
---------------------------------------------------------------------------------------------------------- Iwanu ga hana
C’est dans l’entre-deux mots qu’on fait les fleurs superbes Au pays d’où se lève un soleil incarnat Tais-toi sauve un bourgeon et agrée ce proverbe Iwanu ga hana
C’est vrai j’ai trop parlé les phrases sont navrantes Qui changeraient l’Eden en cour d’orphelinat Sur nous pauvres faucheurs sur nos bouches errantes Pour les bouquets futurs qu’on pose un cadenas
Et pour nous Iwanu Le soleil incarnat Pour sceller nos bouches errantes Nous forge un joli cadenas Iwanu ga hana
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Qu’on voie pousser les simples et qu’un jour ils guérissent Les plaies du monde mieux qu’un Salve Regina Le cerisier fleuronne et l’estampe en fleurisse Iwanu ga hana
Qu’éclosent hors de saison des lins et des nigelles Sous la gouge il revient l’iris qu’on hiverna Il est long de graver ce jardin qui dégèle Qu’on laisse encore un peu le joli cadenas
Et pour nous Iwanu Un iris hiverna Voici le jardin qui dégèle Tenons fermé le cadenas Iwanu ga hana
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Fleurs d’ellipse et de flou vous n’êtes que plus belles Des soins secrets du jour qui manque à l’almanach Passez sous le silence et la pluie vos ombelles Iwanu ga hana
Quand un fleuriste meurt qu’on porte à son totem Les gerbes qu’au jardin lui-même enrubanna Qu’on ne recherche plus la rime à chrysanthème Qu’on garde aux dents la fleur aux lèvres un cadenas
C’est pour nous Iwanu Qu’il les enrubanna Avec la rime à chrysanthème Jetons la clé du cadenas Iwanu ga hana
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Célébrer le silence ô la belle gageure Avec la chanson même qui le profana Combien de fleurs paieront ma vénéneuse injure ? |
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Philippe Geoffroy, chanteur